Le moment de l’arthrodèse dans les échecs de discectomie
P.TROPIANO
- J.J.BRONSARD Marseille
L’efficacité
de l’arthrodèse dans les échecs de discectomies demeure un sujet très
controversé.
L’arthrodèse
se définit comme l’exclusion mécanique du segment pathologique par rapport
à l’ensemble du rachis. Son but est de régler de façon radicale et définitive,
la situation d’échec. Son choix, comme alternative dans le traitement
d’une situation d’échec, est d’autant plus problématique que les indications
et la technique chirurgicale ne sont pas clairement définies, ses résultats
sont parfois décevants.
La détermination
du moment de l’arthrodèse doit pouvoir être facilité par une clarification
des indications, ce qui repose sur la confrontation des données clinico-radiologiques,
permettant de trouver la ou les causes de l’échec et des outils dont dispose
l’arthrodèse pour traiter les lésions.
Afin de cerner
au mieux les indications de l’arthrodèse, il est nécessaire de déterminer
les raisons de l’échec thérapeutique, d’établir le profil du patient susceptible
d’être amélioré par une nouvelle intervention et les outils de l’arthrodèse
qui sont le plus appropriés à la lésion à traiter.
Poser une
indication d’athrodèse dans les échecs de discectomie, doit être précéder
d’une étude approfondie des raisons de l’échec, du profil du patient et
des moyens de l’arthrodèse pour venir à bout de cet échec. L’arthrodèse
doit être considérée comme une escalade thérapeutique
Les
Raisons de l’Echec Thérapeutique :
Détermination
étiopathogénique
Elles
se manifestent cliniquement par l’association, de
lombalgies d’intensité variable, de la persistance de douleurs mono ou
poly-radiculaires, de douleurs projetées pseudo-radiculaires. Réalisant
le syndrome post-discectomie. 5 grandes causes semblent être à l’origine
de ce syndrome : récidive d’une hernie discale ou nouvelle hernie,
sténose foraminale ou canalaire, instabilité vertébrale, arachnoïdite
ou fibrose cicatricielle entourant la racine.
L’évolution
des techniques radiologiques et notamment l’IRM avec injection de Gadolinium
a permis de découvrir de nouvelles causes telles que syndrome inflammatoire
des plateaux vertébraux avec classification de MODIC, fibrose associée
avec fragment discal inclus, granulome inflammatoire.
Le démembrement
de la douleur associé aux constatations paracliniques permet d’individualiser
certaines situations anatomo-cliniques qui peuvent aider aux choix thérapeutiques :
Le syndrome
discal :
Il se manifeste
cliniquement par une lombalgie dont l’intensité peut être violente, de
caractère mécanique variable, habituellement isolée mais qui peut s’accompagner
de douleurs reportées pseudo-radiculaires non systématisées. Sur des radiographies
standard la discopathie n’est pas toujours évidente et ce n’est que l’IRM
avec injection de Gadolinium qui montre une modification du signal des
plateaux vertébraux (Classification de MODIC). Le MODIC I étant hypersignal
en T1 et un hyposignal en T2, signe une réaction inflammatoire des plateaux
vertébraux.
Syndrome d’instabilité
vertébrale :
Il se manifeste
par des lombalgies d’allure mécanique associée parfois à des radiculalgies.
Son diagnostic va être confirmé par l’existence d’une mobilité anormale
du segment pathologique par rapport aux segment voisins, pouvant réaliser
un anté ou retrolisthésis, ceci sur des clichés dynamiques, radiographies
standards ou radiculographie dynamique. Les raisons d’une telle instabilité
sont les conséquences de la discopathie, mais également de la discectomie,
aboutissant à une laxité discale et des éléments ligamentaires environnants.
Elle peut être due aussi à un geste chirurgical exagéré déstabilisant
( résection des articulaires).
Syndrome Radiculaire :
Prédominent
dans ce cas les signes radiculaires qui peuvent être systématisés ou non.
Le diagnostic sera porté grâce à la confrontation de plusieurs examen
paracliniques, tels que TDM, Radiculographie, et IRM avec injection de
Gadolinium. Ces examens vont s’attacher à découvrir un conflit radiculaire
pouvant expliquer la symptomatologie
Les causes
possibles sont : une récidive herniaire ou une nouvelle hernie sur
un étage adjacent, une sténose foraminale soit par insuffisance de libération
ou soit par affaissement discal secondairement aggravé par la discectomie,
une compression radiculaire par la pointe d’une articulaire en conflit
avec la racine dans le foramen surtout en hyperextension, un granulome
inflammatoire, enfin une fibrose épidurale. Cette dernière étiologie est
discutée quant à son implication dans la douleur, et est souvent un diagnostic
de facilité lorsqu’aucune lésion patente n’est retrouvée et ne doit être
évoquée qu’en dernier recours. En effet, l’IRM a permis de découvrir au
sein de la fibrose de véritable récidive herniaire pouvant irriter une
racine. En l’absence de récidive herniaire, la fibrose peut être associée
à une instabilité, un test par corset peut alors
permettre de soulager les sines cliniques.
Syndrome Associé :
Distinction
de ces syndromes est artificielle car La réalité clinique fait que très
fréquemment les lombalgies sont associées à des radiculalgies et le plus
souvent l’individualisation d’un syndrome étiopathogénique est impossible.
Ce n’est que la confrontation des données paracliniques qui rétrospectivement
permettra de classer l’échec thérapeutique dans un groupe lésionnel.
ETUDE DU PROFIL
DU PATIENT :
Dans le bilan
préopératoire, la recherche d’une cause aux symptômes doit être associée
à l’étude du profil du patient et sa maladie. En effet, certains facteurs
semblent prédire une évolution favorable pour une nouvelle intervention,
tandis que d’autres semblent être des facteurs défavorables.
L’étude du
profil du patient doit prendre en compte un certain nombre de facteurs
tels que : l’âge, le sexe, le type d’activité professionnelle, l’équilibre
psycho-social du patient, les conséquences économiques de la maladie,
un éventuel tabagisme.
L’étude du
profil de la maladie doit préciser : le délai d’indolence depuis
la dernière intervention, le nombre d’interventions antérieures, le caractère
de la douleur, l’état du rachis sus et sous-jacent et de son équilibre
dans le plan sagittal et frontal, un diagnostic lésionnel précis.
Ainsi un certains
nombres de facteurs semblent pouvoir prédire une évolution favorable :
jeune âge, état psycho-social équilibré, perspective de reprise du travail
antérieur, satisfaction du patient, faible consommation d’antalgiques,
une période d’amélioration clinique initiale après l’intervention précédente
et intervalle libre d’au moins 1 an, lésions rachidiennes peu étendues,
instabilité patente du segment vertébral. Les facteurs de mauvais pronostic
sont le sexe mâle, l’existence de troubles psychologiques, une prise en
charge en accident du travail, plus de 2 interventions de discectomie,
lésions adjacentes, difficulté du diagnostic lésionnel évoquant une fibrose
épidurale.
Quels sont
les moyens de l’arthrodèse :
L’arthrodèse
doit permettre une stabilité primaire immédiatement postopératoire mais
aussi secondaire jusqu’à la fusion sans perte de correction et un respect
de la balance. Le respect de la balance signifie protéger les segments
mobiles adjacents par la restauration de courbures physiologiques. D’un
point de vue mécanique, la rapidité de la dégradation d’une unité fonctionnelle
est souvent due à une surcharge fonctionnelle sur un segment qui après
discectomie est aggravé par la pathologie discale, mais aussi par le curetage
discal, les résections osseuses postérieures. De plus dans certains cas
une libération radiculaire va être indiquée soit directement soit à distance
par distraction discale (ouverture concomitante du foramen).
Dans ce cadre,
il semble préférable de réaliser un fusion des 3 colonnes. En effet une
arthrodèse postérieure isolée ne permet pas de restaurer la hauteur de
la colonne antérieure, créant un risque d’augmentation de la dégénérescence
discale pouvant conduire à une perte de la stabilité du montage et à une
pseudarthrose. Une arthrodèse antérieure isolée risque de sous-estimer
les lésions postérieures qu’elles soient radiculaires ou osseuses et conduire
à un mauvais résultat
SYNTHESE
Le moment
de l’arthrodèse dans les échecs thérapeutiques de hernie discale va être :
Opportun,
dans le cas d’instabilité vertébrale avec signes cliniques mécaniques
appropriés et signe d’arthrose, dans certaines récidives de hernie discale
avérées, après la 2ème, sur conditions mécaniques défavorables
( sujet obèse, rachis déséquilibrer, signes d’arthrose postérieure), lors
de discopathie s’accompagnant d’une radiculalgie par sténose foraminale
par affaissement discale ou conflit articulaire dans le foramen.
Inopportun,
lors de dissociation entre les signes cliniques et paracliniques, dans
le cas de compression radiculaire pure sans syndrome rachidien . (récidive
herniaire isolée, libération insuffisante), dans le cas de fibrose épidurale
sans compression radiculaire, si le test au corset est négatif. Dans certaines
sténoses stables ne s’accompagnant pas de syndrome rachidien mécanique.
Discutable,
lors de l’observation de mouvements anormaux associés à des signes cliniques
correspondant, ceci en l’absence d’arthrose chez un sujet jeune. Dans
les cas où le contexte psychologique et socio-économique laisse entrevoir
un futur aléatoire.
En conclusion
Le moment
de l’arthrodèse se discute sur un faisceau d’arguments psycho-socio-clinico-radiologiques
où l’élément essentiel est l’évaluation du futur rachidien du patient.
Dans cette optique doit être discutée l’indication éventuelle de l’arthrodèse
d’emblée dans la pathologie herniaire, ce qui impose de déterminer des
éléments prédictifs sur l’évolution de la maladie et donc de pouvoir déterminer
quelles pourraient être les causes d’échecs de la discectomie simple.
Les indications
d’arthrodèse doivent trouver leur place au sein de techniques moins radicales
telles que les prothèses discales qui devraient être dans le futur les
prochaines alternatives aux échecs de discectomie.