LES
PROBLEMES MEDICO LEGAUX DE LA CERVICALGIE POST TRAUMATIQUE
S.
AMZALAG (Paris)
Les accidents de la circulation, ont fait naître une pathologie toute particulière
au niveau du rachis cervical. Cette région est particulièrement fragilisée
par le choc frontal entraînant accélération et décélération rapide. En
cas de choc arrière même minime, un mauvais réglage de l’appui tête, peut
entraîner des lésions graves par hyper extension.
Aspect
médical
Dans
les jours qui suivent un tel accident il n’y a pas de parallélisme entre
l’importance du traumatisme et les signes fonctionnels.
La douleur et la raideur sont parfois particulièrement handicapantes nécessitant
un traitement symptomatique pendant plusieurs jours (collier cervical,
antalgiques, anti inflammatoires, décontracturants musculaires, physiothérapie)
alors que l’accident était tout à fait banal.
Les
signes cliniques peuvent se prolonger compte tenu des délais de cicatrisation
des éléments anatomiques lésés : ligaments, os et articulations.
La
radiographie standard est souvent prescrite dès les premières heures de
l’accident. L’interprétation des clichés du rachis cervical dans un contexte
traumatique est particulièrement difficile. Le tassement vertébral, bien
que rare, est évident à mettre en évidence, par contre certaines fractures
ou luxations peuvent être méconnues. Le recours aux examens dynamiques
est à envisager après avoir eu la certitude d’une bonne interprétation
radiographique initiale.
Les
progrès de l’imagerie,
en particulier la tomodensitométrie ou l’imagerie par résonance magnétique,
ont permis de mettre en évidence des lésions qui n’étaient pas décelables
radiographiquement et, parfois, de matérialiser une organicité.
Leur
utilisation est à manier avec prudence afin d’éviter d’y avoir recours
trop systématiquement, chez les sujets en général très demandeurs.
Il
est bien évident qu’en présence de lésions
graves comme une entorse, luxation ou fracture la thérapie sera
poursuivie parfois pendant de nombreux mois.
Les
séquelles neurologiques, radiculaire ou médullaire, ainsi que les séquelles
psycholoqiques nécessiteront des traitements plus spécifiques
parfois palliatifs souvent au long cours.
Les
conséquences psychologiques de tels accidents favorisent une demande de
soins et surtout d’examens complémentaires parfois impressionnants. Le
malade anxieux, voir dépressif, est particulièrement inquiet pour son
avenir et voudrait voir objectivé, par des examens, les propos rassurants
des nombreux médecins consultés.
Il
est fréquent de constater la prescriptions d’examens non indispensables
mais qui prennent une valeur thérapeutique compte tenu de leur normalité
chez de tels patients.
Il
appartient au médecin traitant de bien faire la part entre les examens
complémentaires prescrits devant un tableau clinique évocateur d’une lésion
organique et les examens demandés, voire réclamés par le patient pour
se rassurer ou pour encore justifier l’importance des séquelles prévisibles.
En
effet, pour tout dommage corporel résultant d’un accident qui prévoit
la réparation financière des préjudices les malades, bien avant le médecin
traitant, ont souvent une parfaite connaissance de leurs droits.
Certains
d’entres eux n’hésitent pas à multiplier les consultations, les examens
complémentaires ainsi que les soins.
Il
vont préparer soigneusement le dossier médico légal accumulant les pièces
de leur dossier au fur et à mesure des évènements et parfois à l’insu
du médecin traitant.
Celui
ci pourra être consulté dans le seul but de prescrire arrêts de travails,
médicaments et examens complémentaires.
Ce
type de malade est difficile à gérer car sa demande est motivée par des
signes subjectifs particulièrement riches. Le médecin traitant, malgré
son impression et le contexte économique, peut se résigner à une dérive
des soins compte tenu du risque de se voir reprocher en
responsabilité médicale toute erreur de diagnostic malgré une demande
pressante du patient
Les
délais de guérisons peuvent dépendre de la compensation financière, se
trouvant particulièrement prolongés si une solution judiciaire devait
se substituer à une solution amiable.
Aspect
médico légal
Lorsqu’il
s’agit d’un accident de travail, ou s’il existe un tiers responsable ou
encore lorsque le malade possède un contrat d’assurance particulier, les
séquelles sont à évaluer par expertise amiable ou judiciaire.
Cette
expertise ne pourra avoir lieu qu’après la date
de consolidation, c’est à dire lorsque les séquelles seront fixées
et qu’elles n’évolueront plus en aggravation ou en amélioration.
En
pratique, dans la plupart des cas, même pour des lésions bénignes cette
date est fixée à environ un an de la date de l’accident.
Il
faut reconnaître qu’à l’avantage des assureurs, plus la date de consolidation
est lointaine par rapport à l’accident et moins les signes subjectifs
et objectifs susceptibles d’indemnisation pourront être présents.
Il
est important de savoir que l’expert n’est pas tenu d’accepter la totalité
des arrêts de travails
(ITT) prescrits.
Compte
tenu de son expérience il peut estimer que l’état du blessé ne nécessitait
qu’un arrêt limité et conseiller à la compagnie d’assurance ou à un juge
de refuser de prendre en charge une partie des
prescriptions.
L’expert
va ensuite déterminer l’importance des souffrances
endurées entre la date de l’accident et la date de consolidation.
Il
va coter de zéro à sept ces souffrances qui résultent des suites immédiates
ou plus lointaines de l’accident mais aussi des effets secondaires des
traitements ainsi que des examens.
La
cervicalgie peut être associée à de nombreux signes (céphalées, sensations
vertigineuses, troubles visuels, etc.…) Ces anomalies disparaissent souvent
dans les mois qui suivent l’accident. elles sont rarement présentes à
la date de consolidation des séquelles. Elles doivent être retenues essentiellement
pour l’appréciation de ces souffrances.
Leur
persistance, surtout accompagnée de troubles psychologiques, fait mettre
en doute leur organicité réelle. L’expert doit souvent se fier à la bonne
foi du blessé et aux certificats émanant de son médecin traitant. Il sait
que certaines consultations ne sont motivées que par le seul désir d’alimenter
en prescriptions et certificats les suites de ces accidents, il sait également
relever des contradictions dans l’examen du blessé influençant ses conclusions.
S’il
retient les signes subjectifs, l’expert doit faire le choix de les attribuer
aux souffrances endurées ou à l’invalidité
permanente partielle (IPP).
En
pratique il est fréquent de les attribuer aux souffrances endurées tout
en constatant sur le rapport d’expertise leur présence après la date de
consolidation mais en, estimant qu’ils seront amenés à disparaître avec
le temps.
Cette
interprétation est parfois source de litiges avec le blessé qui n’accepte
pas, par principe, de se voir fixer
un taux d’IPP nul même si les souffrances endurées sont reconnues
et valorisées.
La détermination de l’IPP
ne pose pas trop de difficultés lorsque les séquelles sont objectivées
par des signes neurologiques ou s’il existe des signes radiologiques nets
(fracture, luxation).
Le taux peut être variable proche de 100% avec une
tierce personne s’il existe une tétraplégie.
Il est beaucoup plus bas en l’absence de troubles
neurologiques. Les experts se basent essentiellement sur la raideur plutôt que sur la douleur alléguée. Une raideur segmentaire peut entraîner un taux d’IPP de
5 à 25%.
A l’inverse, le rachis cervical est plus fréquemment le siège
de contusions directes ou indirectes sans lésion radiologique dont l’examen
après la date de la consolidation sera proche de la normale.
Le
syndrome douloureux limité à la région cervicale, de type mécanique, s’accompagne
très souvent d’une mobilité normale. Les classiques anomalies de courbures
ont une valeur médico légale très discutable en raison de leur fréquence
chez les sujets indemnes de tout traumatisme.
Les
séquelles essentiellement subjectives posent le problème de leur matérialité
car il n’existe aucun test médical pour démontrer l’importance d’une douleur
cervicale.
Le certificat médical
initial le plus détaillé possible aura un grand intérêt surtout
s’il précise l’association à une perte de connaissance même brève.
Les
taux d’IPP peuvent varier de 0 à 15% mais en fait ne dépassent pas habituellement
5%.
Les
taux attribués sont finalement extrêmement faibles et sûrement sous-évalués
chez les patients réellement handicapés.
Docteur
Serge AMZALAG
Médecine
physique et de réadaptation
Centre
Tourville
17
avenue de Tourville
75007
Paris