PROBLEMES MEDICO-LEGAUX  DANS LE WHIPLASH

P. STORA ( Paris)

Pendant des années, les études consacrées aux suites douloureuses du Whiplash ont estimé qu’elles étaient d’origine purement psychologique et liées à la recherche d’une compensation financière.

 

A ce jour, si de nombreuses questions restent sans réponse, il semble pourtant que ce syndrome ne soit pas un mythe mais bien une réalité.

La constance des symptômes décrits d’un individu à l’autre, quelles que soient es circonstances, le contexte et le pays plaide en ce sens, car elle ne saurait être le fruit de la seule imagination.

 

Si la plupart des blessés guérissent en quelques semaines,  20 à 40 % d’entre eux continuent à se plaindre de troubles divers un à deux ans après l’accident et même davantage, 2 à 4 % d’entre eux ne pourront pas reprendre leur travail et leurs activités coutumières.

 

Les innombrables articles consacrés à ce sujet, dans ses différents aspects aboutissent souvent à des conclusions parfois contradictoires mais nombre d’entre eux semblent faussée par des biais de sélection ou une méthodologie discutable.

 

Le problème est pourtant  d’importance, ne serait ce que sur le plan économique par l’importance des sommes engagées.

Une étude faite en Angletterre en 1997 a estimé qu’elle équivalait à 0,4% du produit national brut et à 18% de l’ensemble des accidents de la route.

 

Le premier problème posé concerne l’organicité des troubles ressentis et le rôle des facteurs psychologiques.

L’étude de Radanov en 1995 a conclu que la plupart des blessés ne présentaient pas de perturbations psychologiques particulières avant l’accident.

 

En novembre 1947, GARGAN et BANNISTER constatent des tests psychologiques normaux 8 jours après l’accident, mais qu’ils sont perturbés trois mois plus tard.

Il ne s’agit donc pas d’une prédisposition mais d’une conséquence de l’accident liée à la persistance des troubles ressentis, malgré les traitements médicaux et à l’anxiété qui en résulte.

 

De leur côté, MILLS et HORNE en 1986, dans une étude comparative des suites du Whiplash en Australie et en Nouvelle Zélande ont constaté le rôle joué par le système d’assurances dans la persistance des plaintes.

 

A l’opposé, SCHRABER , dans une étude réalisée en 1996 en Lituanie, pays où il n’existe pas d’assurance personnelle ni d’indemnisation financière a montré l’absence d’influence de ce facteur de l’évolutivité des troubles.

 

Mais CASSIDY , dans une étude faite au Canada en 2000, a constaté une diminution des plaintes de 28% après suppression autoritaire de l’indemnisation par pretium doloris.

 

L’ensemble de ces problèmes semble aggravé par l’attitude parfois agressive de certains thérapeutes ainsi que par le comportement de certains avocats des deux parties.

 

La situation se complique par le fait que, dans la majorité des cas, il n’y a pas de bases anatomiques réelles, ni d’argument radiologique fiable.

Il existe probablement des lésions non détectables des parties molles.

 

Parmi les facteurs pronostics dont il faut tenir compte en faveur d’un passage éventuel à la chronicité.

 

-         rôle de l’âge avancé

-         signes radiologiques d’arthrose ou disharmonie de courbure lors de l’examen initial.

-         Position de la tête de l’impact (rotation et ou inclinaison latérale)

-          Gravité du traumatisme (classification Canadienne).

 

 

Il semble que l’on puisse retenir les réponses suivantes aux questions posées :

 

-         le symptôme médico légal influe sur l’évolution des troubles, mais modérément.

-         La simulation consciente  ne concerne qu’une minorité de blessés, le règlement financier de la plainte modifiant peu l’évolution.

-         Les difficultés socioprofessionnelles jouent probablement un rôle non négligeable.

 

En France, un accord amiable entre le plaignant et la compagnie d’assurances règle un pourcentage important des conflits.

Si ce n’est pas le cas, il y a une action judiciaire aboutissant à la désignation d’un expert.

 

Le taux d’Incapacité Partielle Permanente retenue est habituellement de l’ordre de 2 à 4% ce qui laisse généralement les deux parties insatisfaisantes.

 

Le Pretium Doloris est évalué sur une échelle  allant de 1 à 7.

 

Il n’est généralement pas tenu compte du « préjudice moral » qui est pourtant le plus souvent la plainte essentielle du blessé.

 

C’est pourquoi BENOIST et ROUAULT suggèrent d’accorder rapidement une indemnisation forfaitaire tenant compte de ces différents éléments, en prenant soin de les préciser.

 

En conclusion, on peut retenir qu les préjugés concernant les victimes du WHIPLASH méritent d’être reconsidérés.

 

Le terrain psychologique du blessé ne joue pas de rôle essentiel, mais il modifie progressivement en fonction des symptômes ressentis.

 

La mise en évidence de lésions «  visibles » sur les radiographies est utopique et ne doit pas faire planer de doutes sur l’authenticité des plaintes.

 

Il faut inviter les médecins, les assureurs et les experts à ne pas considérer les victimes comme des simulateurs mais comme ayant bien subi un traumatisme réel dont le conséquences sont parfois pénibles et invalidantes même si elles ne sont pas toujours organiquement expliquées.