TRAITEMENT DU SPONDYLOLISTHESIS DEGENERATIF
P.
MORENO – J. BOULOT (Polyclinique
du Parc)
INTRODUCTION
C’est NEWMAN en 1963 qui
le premier a employé le terme de « spondylolisthésis dégénératif »
pour
bien décrire cette lésion de translation antérieure inter-vertébrale
avec conservation de l’arc postérieur.
En
dehors d’un traitement conservateur orthopédique de peu d’efficacité,
le seul traitement logique devant cette lésion d’instabilité lombaire
est chirurgical.
Le
spondylolisthésis dégénératif entraîne toujours à plus ou moins long terme
et avec plus ou moins de sévérité une sténose canalaire. La décompression
chirurgicale est donc toujours nécessaire, ses modalités techniques sont
à définir suivant la localisation de la sténose. Par contre, la décision
d’y associer une arthrodèse reste controversée.
L’athrodèse
améliore t-elle les résultats ?
Faut-il
arthrodéser tous les spondylolisthésis
dégénératifs ?
Si
l’arthrodèse est décidée, quel doit en être son type ?
MATERIEL
ET METHODES
Nous
avons revu rétrospectivement cliniquement et radiologiquement 38 patients
opérés de spondylolisthésis dégénératif en excluant les spondylolisthésis
s’intégrant dans le cadre d’une scoliose lombaire dégénérative qui ne
posent pas le même type de problème.
Nous
notons une prédominance de femmes avec 30 femmes pour 8 hommes.
L’age
moyen au moment de l’intervention était de 61 ans (47 A – 80 A) et le
recul moyen de 26 mois
(5
A – 1 A). 28 fois le spondylolisthésis siège à l’étage L4 L5 ( 73 %),
6 fois à l’étage L3 L4 et 4 fois aux
2
niveaux.
Suivant
le type d’intervention réalisée nous avons divisé cette population en
3 groupes.
GROUPE
1 : Décompression
postérieure, soit par lamino-arthrectomie bilatérale, soit par recalibrage.
GROUPE
2 : Décompression
postérieure associée à une arthrodèse postéro-latérale toujours instrumentée
par matériel rigide et vissage pédiculaire.
GROUPE
3 : Décompression
postérieure associée à la fois à une arthrodèse postéro-latérale instrumentée
et un PLIF par cages intersomatiques impactées.
Nous retrouvons la répartition suivante : groupe
1 n = 3, groupe 2 n = 26, groupe 3 n = 9.
Il
faut noter que les patients du groupe 3 ont un recul inférieur aux deux
autres groupes car cette technique n’est utilisée que depuis 4 ans.
15
fois l’arthrodèse postéro-latérale a été réalisée à 2 niveaux soit du
fait d’une sténose au niveau adjacent associée 6 fois, soit que le niveau
adjacent était considéré comme « suspect » et pris dans l’arthrodèse
postéro-latérale 9 fois.
LES
METHODES
Pour
l’appréciation des résultats nous avons analysé sur le plan clinique la
sévérité de la lombalgie et
les
troubles neurologiques et classés en pré-opératoire les patients en 3
groupes :
GROUPE
A : Lombalgie > Radiculalgie
n = 12
GROUPE
B : Lombalgie = Radiculalgie
n = 13
GROUPE
C : Lombalgie < Radiculalgie
n = 13.
Sur
le plan radiologique nous avons pratiqué des radiographies centrées et
dynamiques pour apprécier la qualité de la fusion et l’existence d’un
syndrome néo-charnière.
RESULTATS
Nous
avons considéré pour les 3 groupes de patients qu’un bon ou très bon résultat
correspondait à une amélioration > 50 % de la lombalgie et à une disparition
de la radiculalgie. 27 cas sur 38 soit 71 % des patients sont des bons
résultats. Suivant les groupes les résultats sont les suivant : Groupe
A : 8/12
(66
%), Groupe B : 10/13 (77 %), Groupe C : 9/13 (69 %).
En
fonction du type de chirurgie réalisée dans le groupe A 4 patients sur
7 sont améliorés pour le
groupe
2 et 4/5 pour le groupe 3. Dans le groupe B 8/11 pour le groupe 2 et 2/2
pour le groupe 3. Dans le groupe C 2/3 pour le groupe 1, 6/8 pour le groupe
2 et 1/2 pour le groupe 3.
Si
l’on considère uniquement le résultat sur la lombalgie et donc le groupe
A et B on constate sans conclusion statistique que 85 % des patients ont
été nettement améliorés lorsqu’il avait été réalisé un PLIF alors qu’ils
ne sont que 66 % dans le groupe des APL avec instrumentation.
RESULTATS
RADIOLOGIQUES
-
Aggravation
du glissement et resténose
1
seul cas appartenant au groupe 1 (décompression seule) a présenté une
aggravation du glissement
avec
resténose ayant nécessité une reprise chirurgicale avec APL et instrumentation.
-
Syndrome
néo-charnière
Nous
n’avons constaté qu’ 1 seul cas de détérioration de l’étage L3 L4 sus
jacent à une APL avec instrumentation, totalement asymptômatique.
-
Pseudarthrose
Il
est toujours très difficile radiologiquement d’apprécier la zone de fusion.
Un seul cas paraît douteux dans le groupe 2 (APL et instrumentation) mais
reste asymptômatique et n’a pas nécessité de reprise chirurgicale.
DISCUSSION
L’appréciation
de l’aggravation du glissement dans le SPL dégénératif lorsqu’il n’y a
pas d’arthrodèse réalisée est très variable suivant les auteurs allant
de 100 % pour LEE à 0 % pour HERRON. Le seul
cas
repris chirurgicalement dans notre série pour aggravation
du glissement concerne une décompression isolée. L’arthrodèse semble
logique associée à la décompression devant une instabilité lombaire, elle
doit être discutée en fonction de l’état général du patient et devant
une diminution importante de la hauteur discale. Par ailleurs, comme l’a
montré POSTACCHINI le risque de resténose après chirurgie pour sténose
lombaire augmente lorsqu’il existe une instabilité pré-opératoire.
Lorsque
l’arthrodèse est envisagée, faut-il l’instrumenter ?
Là
aussi les controverses sont nombreuses, certains comme FISCHGRUND dans
une étude prospective ne montrent pas de différence significative entre
arthrodèse avec et sans instrumentation. Par contre, d’autres comme BRIDWELL
notent une aggravation de glissement plus fréquente dans le cadre des
arthrodèses non instrumentées probablement du fait d’un nombre de pseudarthroses
plus important.
Doit
être pris également en considération un taux de complications mécaniques
d’environ 10 % dans les arthrodèses instrumentées. Dans notre série nous
n’avons constaté aucune complication mécanique et une seule arthrodèse
instrumentée paraît douteuse en terme de qualité de fusion.
En
ce qui concerne l’amélioration de la lombalgie aucune étude ne l’apprécie
réellement,
les résultats étant surtout basés sur une analyse purement radiologique.
On ne peut dire si une arthrodèse instrumentée ou non dans le SPL dégénératif
améliore le gain fonctionnel sur la lombalgie. Dans notre étude seulement
3 cas ont été opérés par simple décompression pour claudication neurogène
sévère chez des patients agés ne permettant pas une analyse comparative
avec les groupes des patients arthrodésés.
Nous
constatons seulement une amélioration du résultat sur la lombalgie lorsque
nous avons réalisé une APL instrumentée et un PLIF mais le nombre de cas
et le recul insuffisant ne nous permettent pas de conclure.
En
conclusion, nous
pensons que devant un SPL dégénératif décompensé, la prise en compte de
l’état général du patient, la
sévérité de l’instabilité et la
sténose associée doivent permettre de choisir entre simple décompression
ou décompression associée à une arthrodèse qui ne notre point de vue doit
être alors instrumentée.