Cure de hernie discale lombaire sous contrôle vidéoscopique

 

Hovorka*, A. Damotte*, H. Arcamone** C. Argenson*, P. Boileau*

 

*          CHU de Nice, Hôpital de l'Archet II. Service de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique. Chef de Service : Prof. P.Boileau

151, route de Saint Antoine de Ginestière 06200 Nice

**               Clinique Médicis, 11-17 boulevard Gabriel Peri, 89300 Dragignan

 

L'évolution de la chirurgie de la hernie discale lombaire s'est dirigée vers une diminution de la longueur de l'incision, de l'importance de l'exploration, et du traumatisme opératoire. Les voies classiques bilatérales ont été remplacées par des voies unilatérales en utilisant des écarteurs de Taylor. Avec l'apparition des techniques de microdiscectomie, la petite taille de l'incision nécessite l'apport de lumière le plus souvent par l'utilisation du microscope opératoire (2).

Actuellement, il est possible de réaliser une discectomie sous contrôle arthroscopique. La vision par arthroscope sacrifie par rapport au microscope la vision en trios dimensions, mais offre un point de vision plus reproché au site opératoire permettant un angle de vue plus important.

Plusieurs techniques ont été proposées. Les plus répandues sont la technique MED distribuée par la société Medtronic Sofamor Danek et la Technique de Jean Destandau distribuée par la société Storz.

La technique MED (4) utilise un tube opératoire mis en place en position transmusculaire. Durant l'opération, ce tube est maintenu par un pied de camera fixé sur la table. Un caméra avec une optique minimisée permet une vue de 30° pouvant être dirigée dans la direction souhaitée. Le chirurgien dispose de ses deux mains pour la dissection et pour l'écartement de la racine. Des instruments minimisés sont utilisés.

La technique de Jean Destandau (3) représente un concept différent. Ici l'opération se déroule à travers d'un tube conique placé dans un plan avasculaire de décollement longeant l'épineuse. Le tube conique permet une vision binoculaire, surtout utile au début de l'intervention lorsque l'espace est individualisée et nettoyée, mais il peut également permettre un contrôle direct lors de toutes les étapes de l'opération. Dans le tube conique, un guide est installé qui présente plusieurs perforations, pour le camera, pour l'aspiration et pour des instruments. Des instruments classiques sont utilisés offrant la même efficacité qu'en chirurgie ouverte. Le caméra est le même que ce qu'on utilise pour l'arthroscopie traditionnelle, l'optique est de 0°, et de 4mm de diamètre. La pièce interne intègre en autre un écarteur de racine. Avec cette instrumentation, le chirurgien travaille en tenant l'instrument dans une main, en orientant la vision toute en écartant la racine, pendant que l'autre main manipule des instruments.

 

Un progrès ?

Nous voulions comparer l'étendue de la voie d'abord pour comparer le traumatisme opératoire des différentes techniques disponibles. Nous avons calculé la surface d'exploration nécessaire. En considérant cette surface à 100 % dans le cas de la voie uni-latérale par un écarteur de Taylor (960 mm2), la micro discectomie avec un écarteur de Caspar correspond à 62,3 % (598 mm2), la technique MED à 21 % (200 mm2), et la technique de Destandau à 24 % (233 mm2). Avec une telle diminution de l'écartement, le progrès semble être réel.

 

La facilité opératoire

Notre expérience se porte essentiellement sur l'instrumentation de Destandau. L'acquisition de la technique est facile et ne représente pas de difficulté majeure pour des chirurgiens ayant une expérience dans la discectomie classique.

Une limitation de la liberté de mouvement des instruments rend toutefois les gestes plus complexes. Ceci est la conséquence de la diminution de l'incision, et peut être partiellement compensé par l'inclinaison du tube opératoire. Nous avons calculé la possibilité de l'angulation cranio-caudale des instruments. Ceci correspond à 56 ° pour la voie unilatérale avec un écarteur de Taylor, à 46 ° pour la micro discectomie avec écarteur de Caspar, 30° pour la technique MED, et 21° pour la technique Destandau. Toutefois, en cas de nécessité, la pièce interne de l'instrumentation Destandau peut être retirée ce qui permet une angulation à 43°. Il est également utile de disposer de Rongeurs angulés et avec un mordant à 90° à la fois.

 

Décompression interlamaire

La résection osseuse peut poser des difficultés surtout au niveau de l'articulaire inférieure. Dans ces cas, l'utilisation d'un micro-moteur peut être utile. L'excellente visualisation des éléments neurologiques permet de réaliser le geste discale même avec une fenêtre interlamaire réduite. Cette technique est conservatrice, mais en cas d'association de sténose canalaire, elle peut conduire à une décompensation postopératoire par l'œdème réactionnel des éléments neurologiques mobilisés lors de l'opération. Ainsi, nous étions contraint de réaliser deux décompressions complémentaires précoces et une tardive obtenant finalement de bons résultats. Un patient présente une symptomatologie contre-latérale sans nécessité de ré-intervention.

 

La rééducation accélérée

Ce principe défendu par Carragee (1) peut être parfaitement appliqué à ces interventions, et probablement a une grande part de responsabilité dans la rapidité de récupération des patients. Dans notre expérience, tout activité a été autorisée en dehors du soulèvement du poids lourd pendant 3 mois. Il est important de prévenir les patients de cette attitude car le craint habituelle qui accompagne toutes opérations de la colonne vertébrale les empêche de tirer profit de la minimisation du geste opératoire. Nous n'avons pas observé une augmentation du taux de récidive avec ce protocole.

 

Expérience clinique

Nous avons adopté la technique de J. Destandau depuis juin 1998.

Matériels et méthodes : 61 patients ont été opérés sur une période allant de juin 1998 à Juillet 2001. Il s’agissait de 38 hommes et de 23 femmes, l’âge moyen était de 42 ans (entre 24 et 78 ans). 15 patients présentaient une sténose du canal rachidien associée. Une rééducation accélérée a été menée systématiquement avec autorisation immédiate de la position assise, et la conduction des véhicules.

Résultats : Le temps opératoire moyen est de 52 minutes (17 à 150 min.). La durée moyenne d’hospitalisation est de 3,2 jours (24h à 10 j.). 59 patients ont été revus, deux ont été perdus de vue. Le recul moyen est de 12 mois (de 3 à 27 mois).

Patients sans canal lombaire étroite :Cette série comporte 44 patients. Évalués avec le score de WADDEL (5), on retrouve : 30 patients avec un excellent résultat (68 %) ; 9 avec un bon résultat (20,4 %) ; 2 avec un résultat moyen (4,5 %) ; 3 avec un mauvais résultat (6,8 %).

Patients avec canal lombaire étroits : 15 patients dans notre série ont un canal lombaire étroit. 3 patients ont été réopérés d'une décompression élargie, sans récidive ou hématome retrouvé. Un patient a été repris pour infection profonde. Concernant les autres patients, le score de WADDELL était de : 6 excellent et 3 bon, un moyen et un mauvais résultat.

 

Conclusion

Notre expérience avec cette technique nous a montré que la discectomie sous vidéoscopie est une technique faisable, qui peut être pratiqué en sécurité. L'association de la sténose à une hernie discale constitue la limite de cette technique et nous conseillons d'associer systématiquement une décompression efficace à la discectomie.

 

 

Bibliographie

1.  Carragee EJ, Han MY, Yang B, Kim DH, Kraemer H, Billys J:

Activity restrictions after posterior lumbar discectomy. A prospective study of outcomes in 152 cases with no postoperative restrictions.

Spine, 1999, 24, 2346-51.

2.  Caspar W, Campbell B, Barbier DD, et Coll:

The Caspar microsurgical discectomy and comparison with a conventional standard lumbar disc procedure.

Neurosurg, 1991, 28, 78-86.

3.  Destandau J

A special device for endoscopic surgery of lumbar disc herniation.

J Neurol Res, 1996, 21, 39-42.

4.  Smith MM, Foley KT:

Microendoscopic discectomy.

Techn in Neurosurg, 1997, 4, 301-307.

5.  Waddell G

Clinical assessement of lumbar impairement.

Clinical Orthop, 1987, 221, 110-120.