
« Résultats préliminaires à
3 mois
à propos de 50 cas de
hernies discales lombaires »
E. GOZLAN , A. DASSOULI , B. LAVIGNOLLE , R. DUPUY, J. GUERIN
Grâce
aux progrès techniques, la chirurgie endoscopique du rachis semble être
actuellement parvenue à un carrefour similaire à celui ou s’est située
l’arthroscopie du genou dans les années
1970.
La
mise au point d’un endoscope de troisième génération, caractérisé par un canal
de travail et un système d’irrigation permet d’obtenir une visualisation claire
des structures anatomiques à travers un volume de liquide circulant. D’autre
part, l’abord trans-foraminal permet de se situer au plus proche de la zone du
conflit disco-radiculaire.
Nous
avons voulu dans cette étude prospective contrôlée, évaluer à la fois la
technique de A.T.YEUNG, et tester le matériel Y.E.S.S.(Yeung Endoscopic
Spinal System).
Critères
d’inclusion :
-Patients
souffrant d’une lombosciatique ou cruralgie par hernie discale lombaire
et résistant au
traitement conservateur bien conduit ( corset, infiltrations épidurales).
-
Présence au scanner ou IRM d’une hernie
discale non exclue dans le canal rachidien.
-
Correspondance radio-clinique.
-
Confirmation par discographie de la bonne indication de cette technique.
Critères
d’exclusion :
-
Syndrome de la queue de cheval.
- Paralysie du membre inférieur, cotée inférieure
à 3.
- Sténose osseuse évoluée et participant à la
symptomatologie.
-
Polyneuropathie d’origine endocrinienne ou métabolique.
-
Grossesse
Technique :
Le
malade est positionné en décubitus ventral. Une diazanalgésie, est pratiquée de
manière à ce que le patient puisse signaler la moindre douleur.
- Chromo-discographie :
Une
technique élaborée, par mesure de paramètres géométriques permet d’aborder le disque dans sa partie la
plus postérieure; l’extrémité de l’aiguille se trouvant alors située au plus
proche du conflit disco-radiculaire. Un mélange de Carmin d’Indigo, dans la
proportion de 1 sur 5, avec du Iopamiron 300 est injecté. L’interprétation est
faite selon le discogramme de Dallas modifié. La douleur provoquée est évaluée
à l’aide d’une EVA.
- Endoscopie :
L’ introduction
d’un dilatateur de 7mm de diamètre permet la mise en place d’un tube de travail
à fenêtre biseautée ou latérale, selon besoin. Un système d’irrigation par arthro-pompe
est branché sur l’endoscope permettant une bonne visualisation de l’annulus et
de l’espace épidural. L’hémostase des micro vaisseaux péri-annulaires est
pratiquée avec un coagulateur bipolaire.
A
l’aide de pinces endoscopiques, puis du Laser Holmium Yag une cavité de travail
est formée permettant de visualiser la déchirure annulaire teinte en bleue par
le Carmin d’Indigo. Il est alors pratiqué l’extraction de fragments de disque
collagénisés dont certains communiquent avec l’espace épidural.
L’
utilisation d’un shaver va permettre d’aspirer le
maximum de matériel discal dégénéré restant coloré en bleu. La thermo-modulation
des déchirures annulaires peut alors
être pratiquée à l’aide de l’électrode bipolaire ou du laser. En fin d’intervention, il est
procédé à la vérification des différentes structures anatomiques, et en
particulier de la liberté de la racine comprimée ainsi que celle sortant par le foramen.
EVALUATION INITIALE
De janvier à mai
2002, 50 patients ont été admis dans cette étude. Leur suivi a été effectué à
0, 1, 3, et 6 mois.
Le sex ratio est
de H/F = 28/22, avec une moyenne d’âge de 46,25 ans (min = 21, max = 78).
A noter, 11
récidives de hernie discale: 7 après chirurgie à ciel ouvert dont 3 à l’étage
opéré, et 4 après chémonucléolyse dont 3 sur le disque nucléolysé.
La répartition selon la situation de la
hernie discale est de : 3HD centrales,
29HD postéro-latérales , 15 HD
foraminales, 2 HD extraforaminales, 1 HD foraminale et extraforaminale.
Les signes de
Lasègue ou de Léri ont été répartis ainsi: Fort = 26,
Moyen = 21, Faible = 3.
Des troubles
neurologiques ont été constatés chez 19
patients sur 50.
Un questionnaire a
été rempli par chaque patients, comprenant :
- Une échelle visuelle analogique pour
évaluer séparément la douleur lombaire et radiculaire.
- Le questionnaire de DALLAS permettant d’évaluer les répercussions de la
douleur sur les activités quotidiennes et professionnelles, sur le rapport
anxiété/ dépression et sur la sociabilité.
Les étages opérés se
répartissent ainsi : L5S1 = 9,
L4L5 = 28, L3L4 = 6, L2L3 = 2, L4L5 et L5S1 = 5.
RESULTATS A 3MOIS
A l’examen,
les signes de Lasègue ou de Léri ont disparu dans 68% des cas. Chez un seul
patient, il a persisté un
déficit moteur et réflexe. La
moyenne des EVA radiculaires a diminué de 78% et celle des EVA
lombaires de 65%.
Il a également été constaté une
diminution de 72% de la moyenne au questionnaire de DALLAS.
Enfin, 90% des patients ont considéré l’intervention
comme un succès.
L’analyse
stastistique par le test de Student a conclu qu’il existe
bien une amélioration significative à 3 mois, des patients opérés par cette
technique, tant sur le plan de la
qualité de vie que sur les deux échelles visuelles analogiques lombaire et
radiculaire.
COMPLICATIONS
Aucun
incident majeur neurologique ou vasculaire n’a été constaté dans cette étude. Il
est apparu un léger déficit moteur L4 temporaire, une infection à staphylocoque épidermitis, du fait
de l’absence d’antibiothérapie prophylactique, et d’évolution favorable, et 6
cas de dysesthésies passagères très bien contrôlées par Rivotril .
CONCLUSION
Les résultats préliminaires de cette
étude prospective contrôlée, semblent
très encourageants. L’analyse stastistique a montré qu’à 3 mois, les patients
ayant subi une décompression endoscopique ont été améliorés de façon
significative.
Cependant il faut souligner que cette technique
nécessite une rigueur d’indications et une expérience certaine de la voie trans-foraminale.
Son principal avantage est d’éviter les complications de la chirurgie canalaire
par voie inter-lamaire. De plus, une simple neuro-sédation et une hospitalisation courte suffisent.
Enfin, cette voie d’abord et cette
technique permettent un éventail de possibilités étendues, telles que la thermo-modulation des déchirures annulaires sources
de lombalgies, la foraminoplastie dans les sténoses foraminales acquises par
arthrose inter-apophysaire postérieure, et l’implantation de cages inter-somatiques
ou d’un néo-nucléus (nucléoplastie).