LES RETOMBÉES SOCIO-ÉCONOMIQUES DU COUP DE FOUET (WHIPLASH)
Emile BERGER (Montréal)
But de l’étude :
Cette analyse a été entreprise afin d’évaluer le côté socio-économique
du syndrome du coup de fouet, aussi connu sous le nom de cou de lapin (whiplash). Une
analyse pertinente de la littérature mondiale a été entreprise et les
controverses concernant le fondement de cette entité y sont mentionnées.
Matériel et méthodes :
En principe, les opinions diffèrent quant à l’origine de ces syndromes,
c’est-à-dire l’étiologie organique par opposition à l’aspect psychosomatique.
Certains estiment qu’il y a chaque année six millions de personnes qui sont
blessées lors d’accidents d’automobile dont trois millions souffrent d’un coup
de fouet (30). On exprime l’opinion que
les taux attribués pour de telles lésions sont très faibles et sous-évalués
(2). On exprime des doutes que la symptomatologie du whiplash
serait le résultat d’une conspiration internationale et translinguale
(12, 13, 82). L’incidence varie entre 70 cas sur 100,000 personnes au Québec (81, 75). En Australie, le taux est de 106 whiplash sur 100,000 personnes (58). Les études concernant la durée de cette
maladie varient considérablement. La symptomatologie peut persister pendant six
mois chez 27% des patients (66). Un an
après l’accident, 26% des victimes sont encore souffrantes (20). 44% de ces gens sont encore souffrants après
deux ans et 7% sont incapables de retourner au travail deux ans après le
traumatisme (38). Certains auteurs considèrent le whiplash
comme une lésion sévère car 40% des blessés souffrent de cervicalgie chronique
à la suite d’un tel traumatisme (9). On
exhorte les médecins d’éviter de regarder les victimes comme des simulateurs et
d’accepter qu’il s’agit d’un traumatisme réel avec
suites qui sont très désagréables et même invalidantes, quoiqu’elles ne
puissent pas être expliquées par les
résultats d’un examen clinique (78). Des
facteurs médico-légaux sont possiblement préexistants à l’accident, mais pas
nécessairement liés au litige médico-légal (85). Cette prise de position est appuyée aussi par
d’autres auteurs (65).
Une étude qui avait comme base les données de la Société d’Assurance
Automobile du Québec (S.A.A.Q.) indique que la période moyenne de récupération
à la suite d’un whiplash varie entre 17 et 123
jours. Les patients qui avaient des
signes musculo-squelettiques et neurologiques
objectifs nécessitaient une période de réadaptation plus prolongée (81).
Pour le Québec (population 7.5 millions) les statistiques sont les
suivantes :
|
Description
de la blessure |
Blessures |
Victimes
avec au moins cette blessure |
|
||||||
|
|
N |
% |
% |
|
N |
% |
% |
||
|
Entorse cervicale |
6 081 |
69,8 |
11,6 |
|
6 081 |
76,0 |
26,8 |
||
|
TAEC |
8 372 |
96,1 |
16,0 |
|
7 715 |
96,4 |
34,0 |
||
|
Blessure
au cou |
8 715 |
100,0 |
16,7 |
|
8 001 |
100,0 |
35,2 |
||
|
Total blessures |
52 271 |
|
100,0 |
|
|
|
|
||
|
Total
victimes |
|
|
|
|
22 712 |
|
100,0 |
||
|
Catégorie de blessures |
1987 |
1992 |
1996 |
Variation
96/92 en % |
|||
|
Victimes différentes avec au moins : |
N (1) |
% |
N (2) |
% |
N (3) |
% |
((3)-(2))/(2)*100 |
|
TAEC TCC Blessure médullaire |
5 693 1 450 53 |
23,9 6,1 0,2 |
8 116 1 895 81 |
32,6 7,6 0,3 |
7 715 1 655 43 |
34,0 7,3 0,2 |
-4,9 % -12,7 % -46,9 % |
|
Entorse cervicale |
4 853 |
20,4 |
6 670 |
26,8 |
6 081 |
26,8 |
-8,8 |
|
Victimes avec comme seule blessure : |
|
|
|
|
|
|
|
|
Entorse cervicale TAEC |
2 603 2 894 |
10,9 12,2 |
2 573 2 819 |
10,3 11,3 |
2 164 2 493 |
9,5 11,0 |
-15,9 -11,6 |
|
Total des victimes |
23 800 |
100,0 |
24 883 |
100,0 |
22 712 |
100,0 |
s.o. |
N.B. : Les entorses
cervicales sont incluses dans les TAEC.
Source des données de 1987 et de 1992 :« Profil
des blessures des victimes d’accidents de la route au Québec en 1992»,
avril 1997.
Source de ces deux tableaux :
«Profil des blessures
des victimes d’accidents de la route au Québec en 1996» par
Louise Charron, Service des études et des
stratégies en assurance automobile, Direction de la planification et de la
statistique, Société de l’assurance automobile du Québec, Janvier 2000
Le fait d’avoir attaché la ceinture de sécurité influe aussi sur la
sévérité de la lésion car, selon certaines articles, les patients qui avaient
cette ceinture attachée présentaient un pire pronostic que les patients non
attachés (20, 63, 83).
Les articles mentionnés dans le paragraphe précédent ne constituent
certainement pas un énumération exhaustive des
opinions concernant une étiologie objective du syndrome du whiplash. Il faudrait aussi considérer les facteurs socio-démographiques (32, 35, 42, 61, 63, 83). Dans ce contexte, il faut aussi évaluer les
séquelles tardives à la suite du coup de fouet (4, 5, 6,7). Certains auteurs militent en faveur d’un traitement
très rapide et vigoureux dans les premières semaines qui suivent le traumatisme
(14, 21). Dans cette rubrique des
traitements actifs, aussi l’injection de corticoïdes dans les articulations
inter-apophysaires postérieures ainsi que la dénervation percutanée par
coagulation des massifs articulaires (9, 22, 68, 69). On inclut d’autres zones peuvent être
affectées par ce genre de traumatisme, dont la région de l’articulation temporo-mandibulaire (36).
Une atteinte du système visuel a été mentionnée dans certains articles à
la suite d’un whiplash (15). Un système de sécurisation de la tête a été
suggéré afin de diminuer les effets nocifs d’un tel traumatisme (25). Certains syndromes se manifestent avec un
décalage horaire assez important. Il s’agit d’un soi-disant d’un syndrome
migratoire. Par exemple, un syndrome peut être découvert en Amérique du Nord et
ça peut prendre environ trois ans pour devenir manifeste en Europe. Chose intéressante, il a pris 33 ans pour que
le whiplash traverse l’Atlantique de l’Amérique vers
l’Europe (44). Dans la littérature
médicale, on mentionne aussi la pénurie de l’information concernant les lésions
organiques dans les traumatismes genre extension-flexion (50).
Une autre pierre d’achoppement dans la controverse concernant le whiplash est le fait que dans certains pays qui n’ont pas
de système de compensations pour de telles lésions, l’incidence du whiplash est très rare.
Des études furent faites en Lituanie, qui n’avait pas de système de
compensations pour le whiplash, et l’incidence de
telles lésions était pratiquement nulle (72).
La perte ou la diminution de la mémoire à la
suite des accidents qui remontent à deux ans ou plus est un facteur aussi dans
l’évaluation des séquelles (57). Des
troubles cérébraux furent rapportés dans certains articles à la suite d’un whiplash (23). Un
lien entre la mélancolie et la condition organique fut déjà suggérée dans le passé (16). La
relation entre des troubles psychogéniques et les traumatismes cervicaux a été
discutée par divers auteurs. La névrose
post-traumatique n’est pas vue chez les enfants à la suite de traumatismes
crâniens ou autres faits accidentels.
Cependant, les plaintes concernant les séquelles chroniques à la suite
des accidents mineurs sont beaucoup plus fréquentes que lorsqu’il s’agit d’un
accident sévère avec fractures (59). Certaines études furent faites chez les
conducteurs de voiture dans les derby de
démolition. Vingt conducteurs furent
examinés, âgées entre 19 et 48 ans, en participant dans ce sport pour une période
moyenne de 6-8 ans. Chacun de ces
conducteurs fut soumis à 45 collisions par derby et a participé à environ six derby par année, ce qui donne donc 1900 collisions pendant
sa carrière. 25% de ces conditions
furent décrites comme étant sévères. Donc
environ 500 collisions sévères.
Trois-quart de ces conducteurs ont eu des
malaises cervicaux pour environ deux jours à la suite du derby. Cependant, il n’y avait pas de plaintes
concernant les céphalées, les vertiges, les engourdissements, la diminution de
la mémoire, l’anxiété. Donc, toute cette
symptomatologie est maintenant associée avec les collisions d’automobile(10).
Cependant, cette méthode d’analyse fut attaquée par d’autres auteurs qui
mentionnaient que les participants dans ces derby de
démolition sont des professionnels avertis qui savent comment protéger leur
musculature cervicale, donc diminuer l’impact causé par ces collisions.
(30). Les dépenses associées avec le
règlement des accidents genre whiplash sont très
importantes. Par exemple, on estime que
le coût annuel dans les cas de whiplash se chiffrent maintenant à quatre milliards trois cent quarante
millions Eu. Dans la province de la
Colombie Britannique au Canada, avec deux millions de personnes assurées, le
règlement pour les soi-disant traumatismes mous post-accident d’automobile se
chiffre à soixante-dix millions Eu par année et ceci seulement pour les
salaires perdus à la suite de l’incapacité de l’individu de retourner à son
travail. Si on ajoute à ces chiffres
aussi les salaires qui seront perdus dans l’avenir, il faut ajouter un autre quatre-vingt deux millions Eu (34). Le coût de ces traumatismes cervicaux est
impressionnant quand on considère que le taux de mortalité dans les collisions
est de 30% lorsque le véhicule fait des tonneaux, mais quand il s’agit d’une
collision par en arrière, le pourcentage pour le taux de mortalité est de
seulement 0.1%.
Aux Etats-Unis, un million de nouveaux whiplash
sont rapportés chaque année. Le côté
psychosomatique joue un rôle certainement important dans le processus de
réclamation (1, 3, 8, 11, 17, 18, 19,24, 26, 27, 28, 33, 52, 60, 64, 71, 73,
76, 79, 85).
En dépit de toutes les tentatives thérapeutiques appliquées à la
solution du problème de whiplash, on ne semble pas
plus avancé qu’il y a une vingtaine d’années (29, 31, 37, 39, 40, 41). Les modalités physiques du traitement, genre
physiothérapie, manipulations, électrothérapie, etc. se soldent très souvent
par des échecs (51, 55, 56). Les méga-analyses des approches psychologiques ou
psychiatriques ne semblent pas pouvoir nous fournir des réponses, surtout des
solutions de ce problème de cure de whiplash (43, 77,
86, 87).
Conclusion
Il semble que la solution du problème du whiplash
chronique reste toujours hors de notre portée.
En dépit de toutes les mesures et traitements essayés jusqu’à date, le whiplash prend une envergure de plus en plus étendue. On
devrait peut-être organiser une conférence mondiale afin d’établir un accord général au moins concernant les
facteurs qui sont en faveur d’une étiologie organique acceptable par opposition
à l’aspect psychosomatique.
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